Le Monde de Karis

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Le coeur gelé de Sygnatalos [par Aïlina]

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PARTIE 1 : LE VAGABOND


L’homme était considérablement emmitouflé dans un épais manteau de fourrure imperméable. Il avait enfilé plusieurs couches de vêtements pour se protéger du froid mordant de l’île, si bien que ses mouvements devenaient difficiles. Si l’un de ces agressifs Sydros s’attaquait à lui, il n’était pas sûr de pouvoir se battre convenablement. Mais il se rassurait en se disant qu’il leur faudrait le sabre le plus long et le plus aiguisé de tout Horbeth pour transpercer son épaisse armure de vêtements chauds.

Au-delà des dangers du climat du territoire d’Horbeth, les autochtones étaient d’une extrême hostilité envers les êtres humains. Ou plutôt envers toutes les créatures vivantes sur cette Terre. Mais cela ne l’effrayait guère. Il était persuadé que s’il ne se montrait pas agressif, les Sydros le laisseraient tranquille. C’est pourquoi il avançait d’un pas décidé -quoique ralentit par l’épaisse couche de neige- vers la ville de Sygna, repaire des plus vils pirates Sydros, et capitale d’Horbeth.

Au sommet de la dune de neige qu’il gravissait, il arriva devant les premières maisons de bois au toit haut et pentu. De la fumée s’élevait des cheminées et les maisons se rapprochaient au fur et mesure qu’il avançait. Il croisa quelques Sydros qui le regardèrent d’un œil méfiant. Certains même s’arrêtaient. Cela ne le surpris pas outre mesure, après tout il était le seul à être autant emmitouflé, les créatures d’Horbeth ne sentant pas le froid mordant grâce à leur peau bleue épaisse.

Il s’enfonça un peu plus dans la ville jusqu’à arriver à cette auberge dont il avait entendu parler. L’auberge du Dragon à Trois Têtes. Une légende locale disait que le Dragon des Eaux, Sygnatalos, métrisait si bien les arts de la cryomancie qu’il était capable de se créer deux têtes supplémentaires tellement bien faites qu’elles semblaient presque réelles. Grâce à cette technique, singulière et étonnante, le Dragon avait mis en fuite un grand nombre d’étrangers prêts à en découdre avec lui. L’auberge était bondée à cette heure. Les Sydros se réunissaient pour dépenser le butin gagné sur les mers proches du continent. C’était l’endroit le plus adéquat pour rencontrer le Sydros qu’il désirait entretenir : bruyant, bondé, et surtout, c’était l’endroit où il avait le plus de chance de trouver ledit Sydros. Il ignorait à quoi il ressemblait mais il savait que c’était un homme plutôt âgé, solitaire, occupé à regarder la foule, comme s’il surveillait ses propres enfants.

L’humain entra dans l’auberge en essayant de se faire le plus discret possible. Lorsqu’il entra, toutes les têtes se tournèrent vers lui.

- Eh bien, c’est raté pour la discrétion… maugréa-t-il derrière son cache-nez couvert de neige.

Un jeune Sydros le regarda d’un œil mauvais, un rictus amusé sur les lèvres.

- Eh t’es qui, toi ? Que fait donc un humain à Sygna ? Tu es venu pour te faire trancher la gorge ? Ca ne vous suffit pas qu’on vous tanne le cuir à chaque fois qu’on vous croise ? Vous venez directement à l’abattoir maintenant ?

- Tu poses trop de question, mon ami, sourit le vagabond en retirant le cache-nez, mais je te remercie de t’inquiéter pour moi.

Le vagabond n’était pas très vieux. Une trentaine d’hivers avaient dû passer depuis sa naissance. Ses yeux et ses cheveux noirs contrastaient avec sa peau blanche rougie par le froid. Il avait la mâchoire carrée et des sourcils épais. En somme, il avait un visage simple et globalement très ordinaire. Il fouillait la foule à la recherche de sa cible mais il ne vit personne correspondant à la description qu’on lui avait faite.

- Je me nomme Vigarro Neth, dit-il d’un ton sérieux, je ne suis pas venu ici pour guerroyer. Je cherche quelqu’un, j’espère que ça ne vous dérangera pas que je m’installe ici en l’attendant ? Ne vous en faites pas, je consomme vite et bien !

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PARTIE 2 : CAPITAINE AVELDOR

Vigarro s’assit sans que personne ne proteste. Au bout de quelques secondes, les conversations reprirent mais beaucoup continuaient de l’observer d’un œil méfiant. Le vagabond enleva une partie de sa couche de vêtement, car les innombrables bougies ainsi que le feu de la cuisine avaient réchauffé l’air. Pour patienter, Vigarro commanda une chope de bière, un bout de pain et du fromage. Il était étonnant d’en voir dans cette région aride. Il n’y avait pas de culture, le sol étant trop dur et gelé. Quelques rares plantes réussissaient à pousser, mais aucun arbre. Cependant, les Sydros vivaient principalement de leur piraterie, et il ne doutait pas que ces denrées venaient de quelques bateaux marchants en provenance de l’Empire Kissam.

Le jeune homme attendit une heure pendant laquelle il commanda encore deux bières. L’alcool acheva de le réchauffer mais il commençait à s’impatienter. Il attendit encore quelques minutes avant que le Sydros ne pointe le bout bleu de son nez. Il ne fit pas d’entrée fracassante, comme on aurait pu le croire venant d’une personne aussi connue et respectée. Les jeunes ne le regardaient même pas et quelques Sydros plus vieux lui faisaient l’accolade. Mais rien n’aurait pu prouver qu’il s’agissait du Capitaine Pirate le plus redouté des 50 dernières années. Il était grand, il commençait à se voûter mais il semblait en forme pour son âge. Il alla s’asseoir à une table restée vide depuis l’arrivée de Vigarro. Le Sydros commanda une boisson qu’on lui servi dans un verre à pied. Peut-être du vin de Kargaal. Vigarro attendit encore quelques secondes avant de se lever et de prendre la chaise qui se trouvait à côté du vieil homme.

- J’espère que ça ne vous dérangera pas si je m’installe ici, Capitaine ? demanda-t-il poliment.

- Je suppose, répondit calmement le Sydros, que vous avez quelque chose de très important à me demander pour avoir fait tout ce chemin pour me voir, maître… ?

- Vigarro Neth, Capitaine. L’importance de ce que je viens faire ici ne regarde que moi, mais je sais que vous êtes le seul à pouvoir m’aider.

- Dites-moi, maître Vigarro , qu’est-ce qui me rend si différent des autres ? Pourquoi venir vers moi ?

- En fait, vous êtes celui qui possède le plus de connaissances sur le culte de Sygnatalos, répondit Vigarro d’un ton très sérieux.

Le Capitaine le fixa et hocha doucement la tête, pensif, réfléchissant à ce que le jeune humain pouvait bien désirer savoir sur la religion autour du Dieu des Eaux pour avoir fait tout ce chemin jusqu’à Horbeth.

- J’ai besoin de vous pour trouver un objet perdu depuis très longtemps, continua Vigarro, Vous avez forcément entendu parler du Cœur Gelé de Sygnatalos ?

Le Sydros se figea, la colère commençant à bouillonner au fond de son estomac. Beaucoup de personnes avaient souhaité trouver le Cœur du Dieu : des pirates, des aventuriers, des chercheurs, des Hommes, des Elfes, et même des Sydros. Mais toutes leurs recherches furent vaines, et pour cause : toutes les histoires étaient d’accord sur la situation géographique du Cœur, sous le Lac Irina. Mais le chemin pour y accéder était un labyrinthe impénétrable dont les murs et le plafond s’étaient écroulés par endroit. La plupart des Sydros capables de trouver le chemin étaient morts pendant la catastrophe qui avait suivi la disparition de Sygnatalos et les autres avaient souhaité tout oublier. Depuis, plus personne ne connaissait la route jusqu’au corps du Dragon.

- Vous ne trouverez personne ici capable de vous conduire à ce que vous cherchez, répondit le Capitaine. Et même si c’était le cas, vous ne trouverez personne pour accepter une telle quête, car personne ne croit plus en son pouvoir.
- Et si je vous disais que je connais le chemin vers le Cœur, Capitaine…

- Cessez de m’appeler « Capitaine » : je ne le suis plus. Rentrez chez vous, Vigarro Neth, Sygna n’est pas un lieu pour les humains.

Le Sydros se leva pour couper court à la discussion et se dirigea vers la sortie. Vigarro suivit le mouvement et s’arrêta à la porte, sentant le froid mordant de la nuit.

- Nikoros Aveldor ! l’appela-t-il, je vous assure que mon objectif n’est pas de voler les trésors de votre peuple, si c’est ce que vous pensez ! Mon but est de vous aider ! Nikoros !

Nikoros Aveldor ne se retourna pas et s’enfonça profondément dans la nuit noire, sans lune et sans étoile. Vigarro resta sur le pas de la porte, exaspéré. Il savait que ses talents de négociateurs n’était pas au beau fixe, mais là, c’était l’un de ses échec les plus cuisants. En se retournant, il croisa le regard bleu foncé du jeune Sydros qui lui avait parlé en arrivant. Le sourire qu’il lui lança était presque compatissant.

- Vous devriez suivre son conseil, Vigarro, le Capitaine Aveldor n’est pas un homme à prendre à la légère et il est fatigué de la vie. Après tout, c’est le plus vieux Sydros d’Horbeth : 70 ans pour un peuple dont l’espérance de vie est de 45. Autant dire que cet homme est un Dieu !

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